La politique nazie d'extermination

Comment l’Allemagne, un Etat moderne, fleuron de la science, de la philosophie et de l’art, a-t-elle pu organiser l’extermination systématique et industrielle d’une catégorie entière de la population d’Europe pour la seule raison qu’elle était juive ?

La persécution raciale avant la guerre

Dès le printemps 1933, le boycott des magasins juifs est organisé par les nazis mais il est vite abandonné en raison de la réprobation internationale et du manque de soutien de l’opinion allemande. Une série de décrets chasse progressivement les juifs de l’administration, de la justice, de l’enseignement, des professions libérales et de l’armée. Un numerus clausus est imposé à l’entrée des écoles et des universités.

Les lois de Nuremberg de septembre 1935 imposent une séparation radicale des Juifs et des Aryens. Elle vise « la protection du sang et de l’honneur allemand ». Elles excluent les Juifs de la communauté nationale en les privant totalement de leurs droits civiques. Les mariages entre juifs et « citoyens de sang allemand » sont interdits au même titre que les relations extraconjugales.

L’aryanisation des entreprises juives s’accélère ainsi que la mise à l’écart de la communauté nationale : arrestations multiples, internements en camps de concentration à la moindre condamnation judiciaire, imposition d’un « J » sur les papiers d’identités. A la suite de l’Anschluss en mars 1938, les mesures antijuives sont appliquées avec une brutalité particulière en Autriche.

Prenant prétexte de l’assassinat d’un diplomate allemand à Paris par un jeune juif polonais, Goebbels organise le 9 novembre 1938, un pogrom destiné à convaincre les Juifs d’émigrer. Au cours de cette « Nuit de cristal », SA et SS déguisés en civils incendient synagogues et pillent les magasins avec la complicité des autorités. Plus d’une centaine de Juifs sont assassinés et près de 30.000 internés à Dachau et à Buchenwald. Ils s e voient même imposer une contribution d’un milliard de marks pour avoir provoqué « la juste colère du peuple allemand » ! L’opinion semble s’être tenue à l’écart des violences, mais les critiques sont exceptionnelles.

Une politique d’exclusion systématique se met en place : interdiction de pratiquer le commerce de détail, de fréquenter les lieux publics et les salles de spectacle, refus de toute aide sociale, suppression des pensions et retraites etc… Cette ségrégation vise à pousser les Juifs qui s’y refusent encore à l’exil. Plus de 300.000 d’entre eux, soit près de la moitié de ceux vivant en Allemagne et en Autriche en 1933 sont contraints de partir. Ils se heurtent de plus en plus aux réticences des pays d’accueil, comme la France, les Etats-Unis ou la Palestine sous mandat britannique.

Pourtant la conquête de la Bohème-Moravie et de la Pologne multiplient le nombre des juifs sous contrôle allemand, ce qui conduit les nazis à élaborer des solutions plus radicales encore.

Vers la « Solution finale »

En Pologne 1.800.000 Juifs sont soumis à des violences systématiques : pogroms, exécution sommaires, rafles, humiliations. Alors que certains sont déportés dans les camps de travail, un premier ghetto de 150.000 personnes est créé à Lodz en mars 1940, suivi de ceux de Cracovie, Lublin, Lvov et Varsovie.

La population des ghettos est réduite à une mort lente et programmée : chaque mois 4000 à 5000 personnes meurent de faim, d’épuisement et de maladie. Au cours de l’année 1942, les survivants sont « déportés à l’Est » en camps d’extermination.

Devant l’ampleur des rafles quotidiennes, les organisations juives décident de résister, ce qui conduit du 19 avril au 16 mai 1943 à l’insurrection désespérée et héroïque du ghetto de Varsovie.

Le 22 juin 1941, avec l’invasion de l’URSS, Hitler s’engage dans un confrontation finale avec le « judéo-bolchevisme », une guerre « d’anéantissement » qui doit permettre de réaliser les objectifs déjà fixés dans Mein Kampf : conquête de l’espace vital, destruction du communisme et élimination de la race juive.

Les Einsatzgruppen sont chargés d’éliminer tous les « éléments » dits « criminels », tentant de s’opposer à la progression de la Wehrmacht. La mesure s’étend à tous les Juifs, hommes, femmes, enfants. Les victimes, estimées à plus d’un million, sont brûlées vives ou fusillées au bord de fosses qu’elles ont creusées elles-mêmes. A Babi-Yar, près de Kiev, 34.000 Juifs ont ainsi été abattus et jetés dans un ravin en deux jours (29 et 30 septembre 1941).

 Ces tueries de masse constituent une étape décisive dans l’escalade. Dès l’été 1941, on envisage le transport des Juifs et des opposants vers des camps à l’abri des regards et le recours aux gaz puis à l’incinération. Soucieux du maximum d’opacité, Hitler se garde de tout ordre écrit explicite et les responsables multiplient les euphémismes pour désigner, en langage codé, la liquidation physique planifiée « des ennemis de la race aryenne » : solution finale, traitement spécial, transplantation, etc. En octobre, alors que l’émigration des Juifs est interdite dans toute l’Europe occupée, on commence à transférer vers l’Est les 250.000 Juifs du Grand Reich.

Le 20 janvier 1942, la conférence de Wannsee, dans un faubourg de Berlin, dirigée par un adjoint d’Himmler, Heydrich, systématise l’organisation de cette déportation et l’extermination industrielle des Juifs à l’échelle de toute l’Europe. Pour cela les nazis peuvent compter sur de nombreux concours, tant dans l’armée que dans l’administration. Crime de sadiques et de fanatiques, la Shoa a aussi été un crimes d’employés et de bureaucrates.

Les camps de la mort

En 1933, le camp de concentration (KL) de Dachau aux environs de Munich est ouvert, bientôt suivi d’une quinzaine d’autres comme Buchenwald, Ravensbrück pour les femmes ou Mathausen en Autriche.

Gérés par la SS, ces camps de concentration accueillent des « politiques » puis, en nombre grandissant, des Juifs, des homosexuels, des témoins de Jéhovah, des « sociaux » rejoints pendant la guerre par des résistants de toute l’Europe. Les mauvais traitements, la faim, le travail forcé et les humiliations des SS et des Kapos visent à déshumaniser les détenus, transformés en simples matricules.

Six camps d’extermination sont créés, à partir de 1941, sur le territoire de l’ancienne Pologne. Leur but est d’éliminer rationnellement les déportés sélectionnés pour des motifs raciaux, Juifs, Tziganes, Slaves. Après triage des déportés, le « traitement spécial » a lieu dans des chambres à gaz maquillées en douches. Puis les sonderkommandos font disparaître au plus vite toute trace des victimes dans leurs fours crématoire.

Les prisonniers de guerre, enfermés dans les stalags, sont en principe soumis aux conventions de Genève. Toutefois, les soldats soviétiques sont traités de façon impitoyable : plus de 3.300.000 meurent en détention (67% du total, contre 3,6% pour les prisonniers anglo-américains).

Des informations ne cessent de parvenir des organisations juives au Vatican, à la Croix-Rouge et aux Alliés. Pourtant, personne ne semble mesurer l’ampleur du génocide, alors qu’on s’emploi à déporter des communautés jusque-là épargnées, comme les juifs italiens (octobre 1943) ou hongrois (mai 1944). Toutefois, les réseaux de résistance et des particuliers, les « justes des nations », parviennent à cacher et à sauver de nombreux Juifs.

Devant l’avance des Alliés, les nazis font disparaître les traces les plus monstrueuses de leurs crimes et procèdent à une évacuation précipitée des camps. Celle-ci s’accompagne, dans l’hiver 1944-1945, d’interminables marches forcées qui déciment une population épuisée par les privations et ravagée par les épidémies : 300.000 victimes supplémentaires attestent la volonté des nazis de faire en sorte que le peuple juif ne survive pas à l’effondrement du Reich.

Avec l’ouverture des camps et le retour des rescapés, le monde découvre, incrédule, l’horreur des camps. Le bilan de ce génocide reste difficile à établir, compte tenu de l’opacité délibérée des archives allemandes et de l’ampleur des massacres spontanés. On estime aujourd’hui qu’au moins 5.100.000 Juifs ont disparu(sur 9 millions), auxquels il faut ajouter près de 300.000 Tsiganes et des millions de Slaves (Russes et Polonais) considérés comme des sous-hommes et voués à l’extermination.

 


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