Marie Rose Gineste

            Honorée partout dans le monde pour son courage pendant l’Holocauste et sujet d’un documentaire à la télévision française, Mademoiselle Gineste a souvent été interviewée et se méfie des journalistes :   « Ils interprètent mal ce que je dis. ».

            En dépit de sa sveltesse physique et de sa nature réservée, elle habite dans la même maison depuis plus de 60 ans.
            Elle est une femme d’aventure dont le monde s’étend bien au-delà de Montauban, petite ville située à 1 heure au nord de Toulouse.
            Sa maison reflète les intérêts universels. Elle est remplie de photos de sa mère, et d’amis de tous âges du monde entier. Une simple croix de branchettes flanquée de deux menoras juives et des livres sur la religion et l’holocauste dominent la pièce. Des fleurs de son jardin égayent le salon qui lui sert aussi de bureau.
            Sa bicyclette du temps de la guerre, qu’elle monte encore en ville, se trouve dans l’entrée principale.
            « Mon père s’intéressait à la politique et désirait un fils pour le prendre aux réunions du Conseil Municipal avec lui. Mais il eut deux filles aussi devins-je celle qui l’accompagnait aux réunions politiques. Peut-être est-ce pour cela que j’ai été mêlée au gouvernement du Conseil Municipal pendant 50 ans.
            « Je suis née en 1911 dans un petit village nommé Canals, près de Montauban. J’allais à l’école jusqu’à ce que j’obtienne mon certificat d’études, à12 ans.
            Mes parents étaient catholiques mais pas aussi fervents que je le suis actuellement. C’étaient juste des paysans qui travaillaient dans les champs et je travaillai avec eux jusqu’à 20 ans.
            Il y eut alors une inondation terrible en 1930, cause de nombreux morts. Aussi nous quittâmes Canals et avons déménagé à Montauban.
            J’étudiais la couture et devint couturière. Il y avait un juif Polonais travaillant là. Je ne fis pas réellement sa connaissance et quitta cette boutique en 1937. Mais 40 ans plus tard, alors que j’étais dans un autobus en Israël (dans l’avion Toulouse – Tel-Aviv) et que je mentionnais Montauban quelqu’un me questionna au sujet de ce juif polonais, il avait été son meilleur ami, et me dit que le Juif Polonais, de Montauban, avait été déporté et était mort dans un camp. Mais n’est-ce pas quelque chose d’extraordinaire cette rencontre, 40 ans plus tard ?
            En 1942, nous apprîmes que des juifs étaient arrêtés et emmenés en Allemagne. Mais nous ne savions pas ce qu’ils faisaient d’eux une fois là-bas.
            Le 27 août, je m’offris spontanément à porter une lettre de Mgr. Théas à tous les prêtres, dans un rayon de 100 kilomètres autour de Montauban. Cette lettre affirmait clairement que les actions contre les juifs nous répugnaient et que nous ne soutenions pas ce violent antisémitisme. Mgr. Théas n’aurait jamais osé demander à qui que ce soit d’apporter cette lettre à tous les prêtres ; cependant, il fut très fier de ce que j’accomplis. Tous les prêtres durent lire la lettre à haute voix au cours des messes du dimanche. Nous avions peur que ces lettres soient interceptées par les Allemands ou la police française si nous les expédiions par la Poste. Aussi, pendant 4 jours, j’allais à bicyclette porter les lettres à domicile de la main à la main à tous les Prêtres du Diocèse. A tous sauf un parce que je savais qu’il était pour les nazis. Il avait dénoncé un aviateur allié qui avait été parachuté près de chez lui (non, un parachutage d’armes près du lieu où il se trouvait à dîner chez des amis).
 
 
Montauban,le 26 août 1942
Lettre de Monseigneur l'Evêque de Montauban
sur
Le respect de la personne humaine.

Mes biens chers frères,
Des scènes douloureuses et parfois horribles se déroulent en France, sans que la France n'en soit responsable.
A Paris, par des dizaines de milliers, des Juifs ont été traités avec la plus barbare sauvagerie. Et voici que dans nos régions on assite à un spectacle navrant : des familles sont disloquées ; des hommes et des femmes sont traités comme un vil troupeau, et envoyés vers une destination inconnue, avec la perspective des plus graves dangers.
Je fais entendre la protestation indignée de la conscience chrétienne et je proclame que tous les hommes, aryens ou non aryens, sont frères parce que créés par le même Dieu ; que tous les hommes quelles que soient leur race ou leur religion, ont droit au respect des individus et des Etats.
Or les mesures antisémites actuelles sont au mépris de la dignité humaine, une violation des droits les plus sacrés de la personne et de la famille.
Que Dieu console et fortifie ceux qui sont iniquement persécutés ! Qu'il accorde au monde la paix véritable et durable, fondée sur la justice et la charité !
Pierre Marie
Eveque de Montauban

A lire sans commentaire à toutes les messes dans toutes les églises et chapelles du Diocèse le dimanche 30 Août 1942  
 
                Après cela, Mgr Théas me demanda de me charger de cacher tous les Juifs de Montauban (qui à Montauban cherchaient de l’aide). Je devins la tête du maquis (ce n’était pas un maquis) et ne puis dire à personne ce que je faisais, même pas à mes meilleurs amis.
            Je faisais partie du Commandement secret de la résistance et je sauvais des Juifs, je ne pouvais refuser. Je fis beaucoup, beaucoup, beaucoup de choses : une chose menant à une autre. Je n’ai jamais refusé quoi que ce soit qu’on m’ait demandé.
            Je ne savais pas que les Allemands exterminaient les gens et cela jusqu’après la Guerre. Mais j’ai vu des enfants arrachés à leurs parents (je savais que les enfants juifs étaient arrachés à leurs parents).
            Je demandais à des couvents si je pouvais y cacher des Juifs. Ils ne désiraient prendre que des enfants mais je les persuadais de cacher aussi des familles.
            La Résistance volait de la nourriture dans les fermes et me l’apportait dans des valises et la portais ensuite dans les couvents qui cachaient des Juifs.
            Un Juif nommé Lévy vint me demander si je pourrais trouver des amis qui pourraient également aider et donner de l’argent. J’ai pu trouver de l’argent à l’Université pour le leur envoyer. (Ce n’est pas exact : je devais trouver des personnes qui acceptent d’aller à la Poste expédier des mandats à des juifs, plusieurs personnes pour ne pas éveiller l’attention. J’ai trouvé des amies au lycée Michelet de Montauban qui ont accepté. Mais il n’était pas question de collecter de l’argent).
            J’obtins de faux documents d’un camarade de la Résistance de Toulouse et les passais aux Juifs. Après octobre 1943, j’ai commencé à fabriquer moi-même des document et certains Juifs très organisés pour cela m’aidèrent : Nicole Block, Armand Alkimof, René Klein et ma collègue de bureau Berthe Delmas. Il y avait un prêtre à la cathédrale, qui me donna de vrais certificats de Baptême. Et deux fois j’ai porté, même des explosifs, sur ma bicyclette, à Monsieur Ginesty, peintre à Moissac, qui en fit des bombes pour faire sauter les voies ferrées, les trains (c’était du plastique pour faire sauter les voies…).
            Ma mère vivait avec moi depuis la mort de mon père en 1937 (en 1939 la mort de mon père et maman a toujours vécu avec moi). Elle n’était pas au courant de ce que je faisais jusqu’à ce que la Police française vienne à la maison et l’interroge à mon sujet. Ils fouillèrent toutes les armoires, mais ne trouvèrent rien. Après cela, je fus soucieuse au sujet de ma mère et restais à la maison aux moments des critiques, mais je n’arrêtais pas mon travail.
            J’eus un agent de l’Intelligence Anglaise (Intelligence Service, contre espionnage anglais) habitant à la maison et ce fut à travers ces activités que ma mère réalisa ce qui se passait.
            Je commençais à emmener à la maison toutes sortes de gens : des Belges, des Britanniques, des aviateurs américains qui passaient chez moi pour aller se mettre en sécurité en Espagne (passer la frontière d’Espagne et rejoindre Londres).
            Ma mère était à la maison, aussi préparait-elle les repas. Ma maison était à 50 mètres seulement des quartiers généraux de la Gestapo. Chaque nuit, quand j’entendais les voitures partir, je mourais de peur parce que je savais, ou bien qu’ils allaient faire une rafle de juifs ou, je pensais, peut être qu’ils viennent pour moi. Je vivais tout le temps dans la peur. Et aujourd’hui chaque fois que j’en parle, je le revis. Je ne peux pas regarder un film de la guerre, mais j’ai vu « Au revoir les enfants » qui me rappela tant de chose de cette époque. Il était si vrai.
            L’homme qui était chargé des parachutages des aviateurs fut tué pas la milice de Montauban parce qu’il demeurait en un endroit dangereux. De toute façon il ne voulait pas me compromettre en venant chez moi se cacher.
J’allais souvent sur sa tombe, c’était très dur. Je visitais souvent sa femme et ses enfants.
            Emilie Braun était une juriste à qui je donnais de faux papiers et un certificat de baptême. Elle se réfugia à 30km d’ici jusqu’à ce qu’on bombarde sa maison d’accueil. Elle se réfugia d’abord dans les buissons puis elle vint habiter à Montauban. Elle habite en IsraËl et je l’ai  revue lorsque j’y allais pour recevoir la médaille de JUSTES l’année dernière.
            Je ne sais pas pourquoi je ne fus jamais arrêtée. Une seule fois, ils fouillèrent ma maison, et on me suivis en ville pendant huit jours.
            J’arrêtais d’aller au travail parce que je ne voulais pas que ma mère soit arrêté à cause de moi, mais rien n’arriva.
            Vous savez, de Gaulle nous donnait l’espoir,qu’il pourrait triompher, mais il y avait beaucoup de jours ou je me demandais comment se passerait la journée.
            Immédiatement, après la libération, les gens qui avaient été de solides partisans des Allemands voulurent être membres de la Résistance, il fallut être vigilant.
 

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