Maison des enfants de Moissac

 Un exemple d'hébergement : la Maison des enfants de Moissac

      Moissac, Tarn et Garonne. Sur le quai du Port, face au pont Napoléon, s’élève une grande bâtisse aux épais volets de bois. Aujourd’hui, quel promeneur sait que des enfants juifs – près de cinq cents – y furent accueillis pendant la guerre ? Qui se souvient que tous furent sauvés, que tous échappèrent à la Déportation ? Certains venaient d’être arrachés des camps d’internement du sud de la France, d’autres avaient été envoyés là par leur famille en détresse. Ils avaient tout perdu, ou presque. Et, sur leur chemin, il y avait la Maison des enfants. Un refuge ouvert par les Eclaireurs israélites de France, en décembre 1939, et dirigé par un couple, Shatta et Bouli Simon, assistés de chefs scouts qui n’avaient pas vingt ans. Pendant quatre ans, alors que l’antisémitisme devenait politique d’Etat, alors que la terreur Nazie étendait son empire, un mot d’ordre soudait cette communauté : vivre ! Pour les enfants brisés qui arrivaient là, cela voulait dire étudier, jouer, danser, chanter, vivre et rester juif, coûte que coûte !  

 Témoignage d’une fille envoyée dans la Maison des enfants de Moissac :  
 
 Pour les protéger, les parents de Suzanne les ont placés, elle et son frère, dans une "colonie de vacances" : c’est la Maison des enfants de Moissac. Quand Suzanne y arrive, cachée dans les sacs de pommes de terre du chargement d’un camion, elle a 4 ans. Elle va y rester de 1942 jusqu’à 1947.
 
  Tout le village participe à cacher les enfants. Les enfants seront, quand les Allemands entrent en zone libre, hébergés pendant plusieurs mois dans un monastère. Le souvenir de Suzanne : " les sœurs nous cachent mais ne nous aiment pas ". 

C’est un mauvais souvenir pour Suzanne. Il y a trop de monde. Malgré les colis d’Amérique, le quotidien est un peu triste. Ils vivent dans la crainte. Des enfants disparaissent et personne n’a le temps de les rechercher. Ils dorment à vingt-cinq dans des dortoirs, en lits doubles. Elle est censée fréquenter l’école du village. Mais ils se disputent beaucoup avec les gosses du coin et Suzanne passe surtout son temps dans de longues ballades. 

A la libération, certains enfants retrouvent leurs parents. Pour d’autres comme Suzanne, les parents ne reviendront pas. Certains sont adoptés, notamment par des familles américaines. Suzanne ne veut pas quitter son frère et les gens n’adoptent pas de couple. La maison de Moissac ferme en 1947. Suzanne finit à l’assistance publique ; elle est pupille de la nation du fait de la disparition de ses parents en camp de concentration. Son frère a dix-sept ans et est devenu autonome.
 
C’est la guerre.
 

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