Première partie du dossier : Le traitement des enfants et des adolescents dans les territoires destinés à la colonisation et à la germanisation ainsi que dans les territoires occupés
I) Le traitement des enfants et des adolescents dans les territoires destinés à la colonisation et à la germanisation
Pour germaniser les territoires à l’Est, le IIIe Reich procède à une vaste action de transfert et de déportation des populations. Les populations dites « inférieures » par l’idéologie raciste nazie se trouvent rapidement dépourvues de droits face au harcèlement des autorités.
Dès l’invasion de la Pologne en 1939, les Allemands vont déporter et regrouper les populations dites « indésirables ».
Les ghettos
Le terme de "ghetto" tire son origine du nom du quartier juif de Venise, créé en 1516. Pendant
Les Ghettos de Lodz
La ville de Lodz se trouve à environ
Dans la seconde moitié de 1942, on établit des plans d’aménagement d’un camp de concentration pour mineurs à Lotz. L’ouverture du camp, planifiée pour le 1er decembre 1942, fut décidée le 28 Novembre 1941 par l’Office central de sécurité du Reich (RSHA).
Les services de sécurité et de
La genèse même de la création de ce camp montre que ce n’était nullement une institution à caractère préventif ou éducatif. Les enfants polonais avaient été privés de toute protection juridique. Ils étaient envoyés dans ce camp sur la base de décisions administratives non contrôlées, prises à partir d’informations fournies en général par la police, sans souci de justice ni de vérité.
Ce camp était destiné à des enfants et des jeunes de moins de 16 ans, de nationalité polonaise. Ils étaient envoyés au camp pour vagabondage dans les lieux publics, absence de domicile, refus de partir pour le travail obligatoire en Allemagne, participation soupçonnée au mouvement de la résistance, refus de parents de signer
Les ghettos de Cracovie
La ville de Cracovie est située dans le sud de la Pologne.
Avant 1918, elle était le chef-lieu de la province autrichienne de Galicie.
En 1939, 60 000 Juifs vivaient à Cracovie, représentant presque un quart d’une population totale de 250 000 habitants environ.
L’armée allemande occupa Cracovie la première semaine de septembre 1939.
La persécution des Juifs commença immédiatement et s’intensifia une fois que les Allemands eurent déclaré la ville capitale du Gouvernement général, autrement dit de la partie de la Pologne que l’Allemagne n’annexa pas directement à ses provinces orientales.
Dans la ville, le château du Wawel devint la résidence de l’avocat nazi Hans Frank, qui avait été nommé Gouverneur général de Pologne. La prison de Montelupich devint la prison de la police de sûreté allemande.
En mai 1940, les Allemands commencèrent à expulser les Juifs vers la campagne autour de la ville.
En mars 1941, la majorité avait été expulsée. Seuls 15 000 environ restaient à Cracovie.
Puis, la création d’un ghetto fut ordonnée par les Allemands dans le quartier Podgorze, au sud de la ville. Les Juifs de Cracovie encore présents y furent regroupés avec des milliers d’autres Juifs provenant d’autres villes.
Près de 20 000 Juifs furent ainsi confinés.
Ce ghetto fut entouré de fil barbelé et d’un mur en pierre et était seulement traversé par des tramways qui ne s’arrêtaient pas dans son enceinte.
En 1942, le camp de Plaszow fut ouvert dans le sud de la ville comme camp de travail forcé destiné à recevoir les Juifs de Cracovie et des alentours.
En 1944, Plaszow devint un camp de concentration.
Les Allemands mirent aussi en place plusieurs usines à l’intérieur du ghetto, au nombre desquelles les usines Optima et Madritsch, où les Juifs furent utilisés comme main-d’oeuvre forcée.
En mars 1942, les Allemands arrêtèrent une cinquantaine d’intellectuels du ghetto et les déportèrent vers le camp d’extermination d'Auschwitz-Brikenau. Dans la seconde moitié de 1942, les Allemands déportèrent environ 13 000 personnes du ghetto. Plac Zgody et l’usine Optima furent les principaux lieux de rassemblement. La plupart des déportés furent envoyés au camp d’extermination de Belzec, et quelques uns à Auschwitz, qui se trouve à 65 km environ de Cracovie. Des centaines de personnes furent exécutées par balles dans le ghetto à l’occasion de ces rafles.
Le ghetto de Varsovie
Varsovie devient la capitale de
En 1935 la population de la ville est de 1,3 millions d’habitants dont environ 337.000 Juifs, soit environ 29% de la population. Les Allemands atteignent les parties méridionales et occidentales de la ville les 8 et 9 septembre. En quelques jours ils encerclent la ville de tous les côtés : Varsovie va résister au siège allemand durant 3 semaines, malgré les attaques aériennes et les bombardements d’artillerie qui endommagent gravement la ville et tuent nombre de ses habitants et provoquant un exode massif. Le maire de Varsovie Stefan Starzynski nomme Adam Cznerniakow Président du Conseil juif le 23 septembre 1939.
Dès les premiers jours de l’occupation, les Juifs sont soumis aux brimades et à la discrimination, comme les restrictions d’approvisionnement, les maltraitances de Juifs orthodoxes, les attaques contres les professeurs, artisans, professions libérales… En novembre 1939 le premier décret anti-juif est publié, stipulant l’obligation du port d’un brassard blanc avec une étoile bleue de David par tous les hommes et femmes à partir de 10 ans à dater du 1er décembre 1939, l’obligation de marquer les magasins et les entreprises des Juifs et l’interdiction de voyager en train. Les radios sont confisquées aux Juifs et aux Polonais.
Mme Janine Pieprz-Den, avait 15 ans dans le ghetto. Elle témoigne : « Les premiers jours de l'occupation étaient supportables malgré les humiliations, les restrictions, le brassard avec l'étoile de David, les hommes en danger d'être attrapés pour les travaux forcés. Les restaurants, les théâtres étaient interdits aux juifs. »
Les mesures les plus dures arrivent peu après avec un certain nombre de décrets sur les affaires économiques (17 octobre), comme l’interdiction faite aux non-juifs d’acheter ou de louer des entreprises juives sans une autorisation spéciale du gouverneur du district Ludwig Fischer. Toujours en novembre 1939 suivent des décrets supplémentaires au sujet de l'argent juif : les Juifs sont obligés de déposer leur argent sur un compte bancaire bloqué ; les banques ne peuvent donner plus de 250 zlotys par semaine au titulaire du compte. Ces décrets rendent impossible toute activité économique juive, en particulier hors des cercles Juifs.
Non contents de bloquer les comptes juifs et de stopper l'activité économique juive, les Allemands s’attaquent également à la confiscation des entreprises juives et à la fermeture des petits commerces dans le secteur juif. Des directeurs et le personnel juif des entreprises sont licenciés et ne sont maintenus que s’ils conviennent aux nouveaux propriétaires « aryens »… Pour subsister, les Juifs sont obligés de dépenser les capitaux accumulés par le passé ou d’utiliser les marchandises qu'ils étaient parvenues à cacher… Cette pratique devient courante et subsiste tout au long de la guerre. Mais plus le temps court, plus les ressources diminuent, et de plus en plus de Juifs s’appauvrissent, allant au devant d’une mort lente due au manque nourriture et aux conditions de vie de plus en plus difficiles, les plus pauvres étant condamnés les premiers…
Ainsi témoigne un jeune enfant sur le destin de ses parents : « Nous avons commencé à habiter le ghetto en octobre 1940. En mars, mon père mourut de faim. Comme, il était isolé du ghetto, il était coupé de sa clientèle et donc, de ses moyens de subsistance, vous voyez, et il était rongé par la faim. Quelquefois, je venais du kibboutz pour prendre de ses nouvelles. C'est une vision que je n'oublierai jamais. Et j'allais voir ma grand-mère, que j'adorais parce qu'elle m'avait servi de mère, vous voyez. Et Randy, que puis-je vous dire? Ces images de mon père et de ma grand-mère mourant de faim, dans des conditions d'hygiène épouvantables, sont des images qui me hantent chaque jour de ma vie, vous savez. Ca s'est passé il y a un demi-siècle mais de terribles cauchemars viennent me tourmenter toutes les nuits, encore maintenant... »
Le 12 octobre 1940, le jour du « Grand Pardon » est promulgué le décret établissant un ghetto. Quelques jours plus tard est éditée une carte indiquant les rues assignées au secteur de ghetto : la création du ghetto signifie que 113.000 Polonais doivent évacuer leurs maisons, afin que 138.000 Juifs en prennent possession et viennent rejoindre leurs 200.000 coreligionnaires qui y vivent déjà. Environ 30% de la population de Varsovie est ainsi confinée dans 2,4% de la surface de la ville. Dès mi-novembre 1940, le ghetto juif commence à être isolé par un haut mur. Sa construction va prendre de longs mois et est menée à bien par la société « Schmidt et Münstermann », la même qui plus tard construira le camp de la mort de Treblinka. Le mur de ghetto est haut de 3,5m et couronné de verre cassé et de barbelés. Les nazis n’utilisent pas le terme « ghetto », mais plus proprement celui de « Jüdischer Wohnbezirk » (« quartier juif »).
Larissa Cain avait 8 ans lorsque le ghetto est bouclé le 16 novembre 1940. Une passerelle relie en 1941 le grand et petit ghetto. Les habitants s'entassent à 8 personnes par pièce. Sa maison était incluse dans le petit ghetto.
Les rations quotidiennes de nourriture assignées aux Juifs de Varsovie, sont d’environ 180 calories, soit environ 25% des rations assignées aux Polonais non-juifs, et seulement 8% de la valeur nutritive des bons officiels de rationnement que perçoivent les Allemands En mars 1941, les Juifs sont 445.000 à Varsovie. En novembre 1941 le ghetto est totalement isolé. Il y a déjà 445 décès à cette date. La mortalité s’élève alors rapidement : 898 décès en janvier 1941, 2.061 en avril, 4.290 en juin et 5.560 en août... A partir de cette date la moyenne mensuelle oscille entre 4 et 5.000 morts…
De janvier à mars 1941, les Juifs des petites communautés à l'ouest de Varsovie sont déportés dans le ghetto qui par ailleurs accueille, entre avril et juillet 1942, les Juifs des villes à l'est de la ville, d'Allemagne et des zones occupées de
| Total en Mars 41 | Ville Aryenne | Ghetto | |
| Population | 1.365.000 | 920.000 | 445.000 |
| Superficie | 141,4 | 138 | 3,36 |
| Nombre de pièces habitables | 284.912 | 223.617 | 61.295 |
| Nombre moyen de personnes par pièce | 4,8 | 4,1 | 7,2 |
Les sorties du ghetto sont réglementées : au départ, il y a 28 points de passage et 53.000 autorisations de sortie. A chaque point de passage le régiment de Police de Varsovie assure la garde (ainsi que celle de l'enceinte), secondé par le Service d'ordre juif (Jüdischer Ordnungsdienst). Rapidement, les 28 points de passage sont réduits à 15 afin de pouvoir mieux contrôler les Juifs.
Travail et conditions de vie dans le ghetto de Varsovie :
Les industriels allemands apparaissent dans le ghetto en été 1941, ayant obtenu l'autorisation de s’établir dans la région de Varsovie. Le premier à s’installer en juillet 1941 est Bernard Hallmann, propriétaire d'une menuiserie industrielle. En septembre s’installe l’entreprise Fritz Schulz, un établissement Danzig spécialisé dans la fourrure. Le plus important parmi les hommes d'affaires est Walther Többens, un fabricant de textile, qui commence son activité en automne qaprès s’être fait la main sur des entreprises juives de sa villes qu’il avait accaparées avant guerre... Les compagnies allemandes passent dans un premier temps leurs commandes aux ateliers Juifs existants, puis elles construisent leurs propres ateliers dans le ghetto, opération beaucoup plus rentable pour elles. Par ailleurs, en été 1941, 11.300 Juifs sont envoyés dans des camps de travail à Varsovie, Lublin et Cracovie, où ils sont forcés d'effectuer des travaux épuisants, souffrant de la faim, des conditions sanitaires épouvantables et d’une discipline de fer.
Manger devient rapidement l’obsession principale et vitale des occupants du ghetto, car la politique allemande vise clairement à affamer les gens. C’est une méthode d’élimination, au même titre que celle par le travail. Une étude polonaise a calculé que la teneur calorifique quotidienne de la nourriture officiellement distribuée aux groupes nationaux en 1941, est de 2.613 calories pour les Allemands, de 699 calories pour les Polonais et de 184 calories pour les Juifs... La valeur nutritive des rations juives officielles est de 15% par rapport aux conditions minimales de survie. La nourriture attribuée ne suffisant pas, il faut s’en procurer par la bande. Plusieurs méthodes sont utilisées pour les opérations de contrebande : par les bâtiments reliés aux bâtiments situés du côté « Aryen » à travers le mur, par des ouvertures camouflées dans le mur et par les canaux souterrains. La contrebande sur une plus grande échelle a également lieu aux portes mêmes de ghetto. La corruption est partout : les policiers Juifs, les gardes, les Allemands, les Polonais et les Juifs sont tous impliqués. Des enfants et les femmes sont également engagés sur une plus petite échelle, au risque de leur vie. Chaque jour des contrebandiers sont attrapés et payent le prix fort, celui de leur vie. Selon Czneriakow la nourriture passée en contrebande représente 80% de tous les produits « importés ».
En décembre 1941 Czerniakow estime qu'il y a environ 10.000 habitants du ghetto possédant des biens suffisants pour vivre, 250.000 qui peuvent tout juste survivre et 150.000 qui sont totalement dépendants. La plupart des habitants ne survivent qu’en vendant leurs biens… Le problème est critique pour les 150.000 Juifs appauvris et victimes de malnutrition. Par conséquent le Judenrat et l’aide sociale organisent des « soupes populaires » qui fournissent un repas quotidien à midi (entre 600 et 800 calories). A ce régime, la famine est encore évitable... et la situation se maintient tant bien que mal jusqu'à l'entrée des Etats-Unis en guerre en décembre 1941, car les principales ressources pour l'aide au ghetto viennent de l’« American-Jewish Joint Distribution Committee », connu familièrement sous le nom de « Joint ». Mais à partir de janvier 1943, cette source tarit rapidement…
Par ailleurs, des hommes tels que Yitzhak Gitterman et Emanuel Ringelblum mettent sur pied une foule d’organisations basées sur la « débrouillardise » comme la « ZTOS », « la société mutuelle juive d'aide », qui a fait tourner plus de cent « soupes populaires » à Varsovie ou « Centos », la « société nationale d’aide aux orphelins », qui gère des écoles et fournit nourriture, habillement et logement. Ces organismes emploient des centaines de personnes, offrant un bol quotidien de soupe comme salaire. Ils fonctionnent indépendamment, sans compter sur le Judenrat. En janvier 1941, lorsque que l'aide financière du « joint » diminue, ces organismes prennent le relais et sont bientôt autorisés à prélever des impôts pour leur fonctionnement.
Parmi les éléments les plus importants d’auto assistance il y a les « comités domestiques », qui fonctionnent dans presque chaque immeuble. Ils imposent une taxe bimensuelle à leurs résidents, l’un au profit de l’organisation, l'autre pour les besoins de l’immeuble lui-même. Ils récoltent la nourriture de chaque famille qui peut participer, et distribuent la nourriture aux familles affamées. Une personne, munie d’un récipient, passe d’appartement en appartement, collecte la nourriture, les vêtements et d’autres biens des mieux lotis... Les comités évaluent aussi les ressources des familles et imposent un paiement mensuel à chaque ménage en fonction de cette évaluation. De l'argent et des marchandises sont donnés aux comités centraux, qui gèrent les « soupes populaires ». Pour s’imposer, les comités utilisent la seule arme dont ils disposent : le chantage à la honte de ceux qui refusent les dons et impositions. Ainsi Les familles qui peuvent apporter leur contribution mais qui refusent de le faire trouvent leurs noms affichés l'entrée de leur immeuble… Mais malgré tous ces efforts, 5.000 habitants du ghetto meurent chaque mois au début de 1942, la plupart d'entre eux de faim...
Vie culturelle et religieuse dans le ghetto :
Les Allemands tentent d’interdire pour les services religieux publics et la pratique religieuse privée. Mais les Juifs poursuivent leurs pratiques chez eux. Au printemps de
La vie culturelle dans le ghetto est animée par des organismes clandestins. La « Idische Kultur Organizacje » (IKOR) favorise la culture du Yiddish, et organise des soirées littéraires et des réunions spéciales pour marquer les anniversaires des auteurs Juifs célèbres. Les bibliothèques clandestines font circuler des livres officiellement interdits. Un orchestre symphonique de 80 musiciens joue un répertoire de grands compositeurs allemands. Auteurs et poètes continuent à créer dans le ghetto, comme Itzhak Katzenelson, Israel Sztern, Jehoszua Perle, Hillel Zeitlin, Peretz Opoczynski ou Kalman Lis. Les troupes théâtrales donnent des représentations d’auteurs, avec des acteurs renommés tels que Michael Znicz, Zigmunt Turkow ou Diana Blumenfeld... Le divertissement léger est à l’ordre du jour, pour oublier les horreurs de la vie quotidienne.
L’organisation de la résistance dans le ghetto de Varsovie :
Les activités clandestines des les cercles et organisations politiques naissent dès que les Allemands entrent dans Varsovie. Les membres des mouvements et des partis de la jeunesse s’unissent et commencent à préparer des projets de résistance. Dans un premier temps ce sont souvent d’interminables discussions, mais peut à peu le mouvement de résistance prend corps, dépassant le simple problème de l’entraide et de la solidarité. Peu à peu se fait sentir la nécessité de communiquer avec l’extérieur et à prendre contact avec des organisations internationales ou les alliés.
Au départ les Allemands montrent un total manque d'intérêt pour les activités clandestines. Aussi la clandestinité peut développer, avant le printemps 1942, une large gamme d’activités souterraines. Elle fournit au ghetto une somme de renseignements et d’informations sur les développements politiques internationaux et les progrès de la guerre. Elle soulève également les questions politiques et idéologiques qui encouragent polémiques et débats. Particulièrement actifs sont le « Bund » et les Sionistes socialistes « Po'alei Zion Z.s. ».
Entreprise unique et importante créée dans le ghetto, les archives de Ringelblum, codées "ONEG SHABBAT" ne sont pas directement lancées par les politiques, mais dépendent du soutien des leaders publics et des organismes clandestines. Le matériel, rassemblé par Ringelblum comporte des dizaines de milliers de pages : documents, notes, journaux intimes, ainsi qu’une riche collection de journaux clandestins. C'est la collection la plus importante de sources pour la recherche sur le devenir des Juifs sous l’occupation nazie de Varsovie et de
Les mouvements de la jeunesse juive et leurs chefs jouent un rôle important dans la clandestinité, particulièrement aux temps suivant les grandes déportations. Durant la guerre et dans le ghetto les activités de ces mouvements ont progressivement évolué. Elles ont manifesté une plus grande aptitude à l’adaptation que d'autres mouvements et ont su rapidement prendre des décisions imposées par les circonstances changeantes. Leurs chefs, Mordecai Anielewicz, Yitzhak Zuckerman, Zivia Lubetkin, Josef Kaplan, et Israel Geller ont montré de remarquables qualités de meneurs. Un changement radical se produit dans les rapports entre la clandestinité et l’appareil officiel juif du ghetto lorsque parviennent les premiers rapports des massacres de Ponary et dans d'autres régions de l'est. Désormais s’impose l’idée d’un plan global nazi visant à la destruction de tous les Juifs et que donc ceux-ci n’ont d’autre choix que de se battre, même si cela n'offrait aucune perspective de survie.
En mars 1942, lors d'une réunion des responsables Juifs de Varsovie, Yitzhak Zuckerman, au nom des mouvements de la jeunesse, propose un accord visant à créer une organisation globale de résistance. Sa proposition est rejetée, considérés comme trop pessimiste. Cet échec aboutit à la création du « Bloc antifasciste » animé par les communistes et la « gauche sioniste ». Cette organisation est active en mars et avril 1942 et sa branche militaire est forte de 500 hommes armés. Son plan est de s'échapper dans les forêts et de combattre. Mais ce plan ne se réalise pas, car les armes prévues ne seront pas livrées... Juste avant la date de fuite prévue, en mai 1942, la structure entière s’effondre. Les chefs communistes sont arrêtés et l'organisation est dissoute.
La déportation :
En été 1942 commence le « repeuplement vers l'est » (« Umsiedlung nach Osten »), qui n'est en fait que la déportation vers le camp de Treblinka, situé à environ
La prise de cette photo constitue déjà en soi un acte de résistance puisque les Allemands avaient interdits tous les appareils photographiques et de caméra en Pologne. Jerzy Tomaszewski, jeune adolescents polonais ne cessera de prendre des clichés car pour lui « La photographie, c’est déjà de la résistance ». La plupart des gens photographiés sur cette photo a pu être identifiée mais pas le jeune Gavroche. Selon plusieurs témoins, ce serait Artur Siematek, né à Lowicz et déporté à Bergen-Belsen ou de Levi Zelinwarger, né vers 1930 et mort en déportation.
L’insurrection :
Les Allemands décident finalement de liquider le ghetto de Varsovie le 19 avril 1943, le soir de
Il faudra aux Allemands jusqu’au 16 mai 1943 pour réduire la résistance et raser le ghetto : Anielewicz et ses amis sont tués lors d'une attaque de leur bunker, le 8 mai. Le 16 mai 1943, Stroop ordonne la destruction de
Plus de 7.000 Juifs, pour la plupart des résistants ou des personnes cachées, sont morts durant cette opération, en général en combattant les Allemands. 7.000 autres sont expédiés à Treblinka et 42.000 personnes dans les camps de concentration et les camps de travail forcés du district de Lublin : environ 18.000 au KLde Maïdanek, 16.000 au camp de travail de Poniatowa, 6.000 au camp de travail de Trawniki, les autres 2.000 dans des petits camps de travail de Budzyn et Krasnik.
Après la destruction du ghetto, les autorités SS établissent un petit camp de concentration sur l'emplacement des ruines.
Le ghetto de Budapest
En Hongrie, l'enfermement dans les ghettos ne commença qu'au printemps 1944, après l'invasion et l'occupation du pays par les Allemands. En moins de trois mois, la police hongroise, en coordination avec les Allemands, déporta près de 440 000 Juifs. La plupart d'entre eux fut envoyée à Auschwitz-Birkenau. A Budapest, les Juifs furent confinés dans des maisons identifiées (les maisons dites Etoile de David). En novembre, après un coup d'Etat soutenu par l'Allemagne, le parti hongrois des Croix Fléchées créa un ghetto à Budapest. Entre l'occupation de la ville et sa libération, la population juive de Budapest s'est réduite de 200.000 à 70.000 âmes. Les 25 000 Juifs qui s'étaient vu accorder des passeports de protection (au nom de pays neutres) furent placés dans un "ghetto international", dans un autre quartier de la ville. L'Armée rouge libéra Budapest en janvier 1945, mettant ainsi fin à la ghettoïsation des Juifs hongrois survivants.
II) Le traitement des enfants et des adolescents dans les territoires occupés
L’exemple des camps d’internement français
Au début du mois de juillet 1942, le chef du gouvernement français, Pierre Laval, propose que lors de l’évacuation de familles juives de la zone non occupée, les enfants de moins de 16 ans soient emmenés, eux aussi. Il propose de fait aux Allemands la déportation de familles entières de la zone dite « libre » sans limitation d’âge inférieure.
Ouvert en septembre 1939 au sein d’une tuilerie située entre Aix-en-Provence et Marseille, le camp des Milles connut un peu plus de trois ans d’activité et vit passer plus de 10.000 internés originaires de 27 pays, en particulier d’Allemagne et d’Autriche. Son histoire se divise en plusieurs phases correspondant aux différentes catégories d’internés qui y séjournèrent : ressortissants du Reich et légionnaires, étrangers désireux d’émigrer, juifs ayant fait l’objet de rafles. On peut lire à travers ces phases l’évolution tragique de la répression dont furent victimes les étrangers et surtout les juifs sous le régime de Vichy, évolution qui culmina en août et septembre 1942 avec la déportation de plus de 2.500 hommes, femmes et enfants juifs vers Auschwitz via les camps de Drancy et de Rivesaltes.
Le 2 septembre 1942, cinquante-quatre enfants sont transférés du Camp des Milles à Drancy (en tout une centaine d’enfants partirent des Milles). Ces enfants vont être ensuite déportés vers Auschwitz par deux convois (la liste ci-dessous a été fournie par M. Serge Klarsfeld à l’Institut d’Etudes et de Culture juives d’Aix-en-Provence).
Maurice Cling, jeune Juif né en 1929, déporté au camp de Drancy puis à Auschwitz dont il fut un des rares rescapé raconte dans son ouvrage Un enfant à Auschwitz son arrivée au camp de Drancy : « Voici donc ce camp de Drancy sur lequel nous fantasmons depuis plusieurs années, ce lieu si chargé de menaces et de mystère, et pourtant si proche, qui guettait sa proie ».
Il évoque aussi la vie des enfants à Drancy : « Livrés à eux-mêmes, disposant de tout leur temps puisqu’ils ne sont pas astreints aux corvées des adultes, ceux de mon âge se sentent pour ainsi dire en vacances, plongés dans un monde bizarre, mais non sans rapport avec le monde extérieur par son règlement tatillon, ses espaces délimités, sa hiérarchie de fonctions diverses »
On peut aussi évoquer le cas d’Adèle Kurzweil (1925-1942) réfugiée à Auvillar en Tarn-et-Garonne avec sa famille qui fut internée au camp de Judes puis déportée à Auschwitz où elle mourut. Adèle Kurzweil est née à Graz en Autriche le 31 janvier 1925. Les parents sont tous les deux d'origine juive. On retrouve la trace des Kurzweil à Montauban le 17 août 1940 grâce à une attestation du receveur des postes indiquant que son père a rempli la fiche A portant indication de son nouveau domicile pour deux personnes. La famille occupe plusieurs logements. Le 23 septembre 1940, Adèle fait sa rentrée officielle au lycée Michelet en classe de quatrième B2.Elle a 15 ans et demi (soit deux ans de retard à cause du changement de langue). Le 8 mai 1941, le préfet autorise la famille Kurzweil à résider à Montauban. Le 7 juillet Adèle est admise en troisième. Le 4 mai 1942 la famille Kurzweil, ainsi que trois autres familles, est assignée à résidence à Auvillar. Adèle qui est toujours élève à Michelet est autorisée à résider 15 rue Saint-Louis (aujourd'hui rue de
Le sort des résistants
A travers toute l’Europe, des enfants et surtout des adolescents ont combattu le nazisme et résister à l’occupant allemand. Ces « enfants de la liberté », filles et garçons ont formé des groupes et ont combattu le nazisme. Ils s’appelaient le corps-franc Guy Moquet, les « scout gris », Les enfants de la liberté de Toulouse,le Club Churchill, les pirates de l’Edelweiss etc…
Ils ont pris part à la résistance et dans plusieurs pays, leur action a obligé les adultes à s’engager à leur tour. Elle a été déterminante dans les maquis français, italiens, soviétiques, Yougoslaves, grecs ou polonais.
Beaucoup d’autres ont appartenu à des organisations plus vastes et officiellement homologuées et, vers la fin de la guerre, à des armées entières de partisans et de maquisards.
Beaucoup cependant n’ont pas été reconnus sauf quand ils ont été fusillés par les nazis, tels Pierre Benoît et les lycéens de Buffon ou lorsqu’ils ont disparu en déportation.
Au début, parfois par jeu, ils tracent sur les murs le « V » de victoire ou la croix de Lorraine, puis à mesure que le temps passe et que la répression s’accentue, des élèves protègent leur professeur juif, créent des petits réseaux secrets, impriment de faux papiers, publient des journaux clandestins.
Certains jeunes Juifs ne se sont pas laissés mener à la destruction sans réagir tels les combattants juvéniles du ghetto de Varsovie ou le petit Simon Gronowski, qui se jette d’un train en marche et échappe au camp d’Auschwitz ou Rozà Robota se retrouvant prisonnière du même camp incite, avant d’être gazée, les Sonderkommandos à la révolte qui quelques jours plus tard feront sauter un four crématoire.
En Alsace, Marcel Weinum, seize ans forme le groupe de renseignement de la main noire avec quelques camarades comme Ceslaw Sieradzki tous issus du milieu ouvrier.
La main noire, entre autres choses, attaque à la grenade les magasins dont les vitrines arborent le portrait d’Hitler.
Marcel et Ceslaw sont arrêtés. Marcel Weinum sera décapité et Ceslaw Sieradzki se retrouve au camp de Schirmeck où des camarades témoignent de sa triste fin : « Des kapos armés de matraques le pourchassent. La tête rasée, vraie loque humaine, il est piétiné sur le gravier mais la frêle silhouette se rélève, étend les bras et crie à plusieurs reprises « Vive la France ».