Traiter de quelques personnes et de quelques familles hébergées en Tarn-et-Garonne entre 1940 et 1944 défie une enquête de masse qui pourrait concerner des humbles plus nombreux et plus représentatifs d'un phénomène de grande ampleur ayant touché une grande partie des départements français métropolitain. Quels éléments expliquent le choix du Tarn-et-Garonne ? Comment se déroule le séjour ? Y a-t-il des réseaux et des relations prédisposant à un accueil de longue durée ? Ces lignes évoquent des comportements différents où l'analyse s'avère utile pour identifier un accueil original pour un département ancré dans une tradition radicale-socialiste. Enfin, des liens forts semblent durer avec certaines personnes en vue dans la société de ce temps.
Fils de grand rabbin, docteur en médecine, médecin des hôpitaux de Paris, chercheur dans le domaine des maladies infantiles et dans celui des maladies infectieuses, le professeur Robert Debré est de bonne heure un résistant bien connu dans son milieu. Par son second mariage, Robert Debré est lié à une partie de la vieille société française. Son fils aîné, Michel, est admis par un concours au Conseil d'Etat en 1934, chargé de mission au cabinet du ministre des finances Paul Reynaud en 1938-1939, entré dans la résistance et en clandestinité en juin 1943. Il se montre actif au sein du Conseil Général des études qui prépare
Le séjour dans notre département ne tiens qu'une place infime dans les mémoires écrits au terme de leur vie ou à la fin d'une carrière bien remplie pour Olivier Stick.
Que représentent nos exemples entre 1940 et 1944 parmi les populations juives du département ? Sans doute quelques dizaines de personnes essentiellement citadines sont-elles recensées. A cela s'ajoutent les venues de l'exode : 1889 arrivants en 1940, chiffre qui ne tient peut-être pas compte des flux de cette année agitée. Jean Estébe évoque le chiffre voisin de 1600, tout en précisant qu'en Midi toulousain, les Juifs représentent une mosaïque sans unité réelle. Nos quelques personnalités arrivent donc en univers où leurs coreligionnaires sont divisés. Sauf pour la famille Stick, il n’est pas mentionné d’aide venant des juifs eux-mêmes. Olivier Stirn relève l’aide apportée à son père, résistant, par la famille Baylet. Jean Baylet, maire de Valence d’Agen depuis 1930. Hébergement et nourriture illustrent cette « chaîne fraternelle, spontanée, qui nous avait aidés à survire », parmi d’autres soutiens venus de « patriotes » du département et d’ailleurs.
La mention de petites gens dont parfois les noms figurent (Léo Hamon, Olivier Stirn) vérifie l’absence de tout lien antérieur avec le département, ou au contraire, un travail de fond lié à son engagement résistant : l’empreinte socialiste marque les citations de Léo Hamon et l’aide aux juifs se double souvent d’une activité de résistance. L’aide se mesure d’une façon matérielle, à la diffusion de messages, à des possibilités de cachettes, voire à des complicités surprenantes de la part des autorités de police. L’accueil s’est fait en majorité dans les villes, essentiellement de Montauban, de Castelsarrasin et de Moissac. Michel Debré est abrité durant l’été 1944 par le pére jésuite Peyralade, ancien recteur du collège du Caousou à Toulouse et dont l’établissement accueillait réfugiés et pourchassés.
On quitte Toulouse et les conditions de vie à Montauban et en Tarn-et-Garonne paraissent plus faciles, y compris au point de vue matériel. Les mentions des campagnes sont plus rares et plus imprécises : une population originaire de Paris et familiarisée avec un logement permanent dans la capitale a été à l’abri dans l’anonymat de chefs-lieux. Cela accentue la touche urbaine de la résistance tarn-et-garonnaise en liaison avec le moyen de transport le plus rapide de l’époque, le chemin de fer. Ces mémoires laissent tous une impression de mobilité nécessaire à la clandestinité, mais dont la conclusion est fort aléatoire pour une éventuelle chronologie.
Léo Hamon indique que sa fille est scolarisée dans un lycée montalbanais ce qui peut favoriser une sédentarisation plus poussée et nécessaire à la vie d’un réseau actif. On parle de voyages et de visites dans le cadre d’une activité résistante bien évidente à partir de 1943, mais avec des relations institutionnalisées aux personnalités locales de premier plan. Des religieuses abritent la mère du professeur au couvent de Grisolles en 1943. Le temps passé à Montauban, ou ailleurs est bref : quelques mois dans une maison commune. L’aide apportée est donc considérable et elle provient de personnes et de fonctionnaires à première vue favorable au régime de Vichy. Le rattachement à Monseigneur Théas est ici frappant parce qu’il a été un des rares prélats à s’opposer aux persécutions raciales et que son souvenir à duré : la confirmation de foi reçue de lui pour Florence Malraux est très éclairante de son action.
Les témoignages ont permis d’évaluer la richesse de l’aide individualisée, permanente ou anonyme apportée aux populations juives dans la détresse. Celle-ci dépasse le clivage ethnique ou religieux, et est plus nombreuses dans les gestes quotidiens pour un grand nombre. Michel Debré et Léo Hamon se retrouvent membres du gouvernement Chaban-Delmas entre 1969 et 1972. Olivier Stirn et Jean-Michel Baylet sont ministres à partir de 1988 dans le gouvernement de Michel Rocard et le on reprend le maroquin du premier à l’été en 1990. Seul Michel Debré évoque dans des souvenirs ultérieurs le passé. En juin 1958, alors qu’il est nommé garde des Sceaux, ministre de la justice dans le dernier gouvernement de